SiRodin reconnaĂźt immĂ©diatement le talent de la jeune femme, il en tombe Ă©galement aussitĂŽt amoureux. Lâhistoire dâamour compliquĂ©e entre les deux sculpteurs a inspirĂ© des interprĂ©tations excessives et romancĂ©es. Ce dont leurs lettres attestent toutefois, câest de la passion prĂ©coce Ă©prouvĂ©e par Rodin et des rĂ©serves de celle
Madame de Lafayette Ă©crit Ă une Ă©poque oĂč le respect de la morale et des mĆurs est essentiel. Elle traite, dans son Ćuvre et notamment dans "La Princesse de Montpensier", de la façon dont les passions bouleversent les Ăąmes humaines et dĂ©tournent du droit chemin. La vertu et le sens du devoir sont des qualitĂ©s essentielles pour ses hĂ©roĂŻnes. Marie ne parvient pas Ă triompher de son amour pour le duc de Guise, et pour cela elle est punie. Sa fin, isolĂ©e et mortelle, semble toutefois dĂ©mesurĂ©e lorsque l'on songe qu'elle n'a pas rĂ©ellement commis de pĂ©chĂ©. Toutefois, une comparaison avec l'Ćuvre majeure de Madame de Lafayette, La Princesse de ClĂšves, permet de comprendre qu'elle est moralement coupable d'adultĂšre. NĂ©anmoins, la mort semble attendre les deux princesses, comme si la vertu absolue Ă©tait impossible Ă atteindre et la mort la seule issue pour ne plus ĂȘtre bouleversĂ© par la passion amoureuse. ILa question de la morale au XVIIe siĂšcle ALa censure et le respect de la morale La morale dĂ©signe l'ensemble des rĂšgles de bonne conduite, plus ou moins rigide selon l'Ă©poque, permettant Ă un individu de respecter les normes de la sociĂ©tĂ© dans laquelle il vit. En France au XVIIe siĂšcle, tout est codifiĂ© par des rĂšgles prĂ©cises. Le cardinal de Richelieu crĂ©e l'AcadĂ©mie française en 1634, officialisĂ©e en 1635. Elle a pour but de normaliser et perfectionner la langue française, mais Ă©galement d'interdire tout ce qui ne correspond pas Ă une forme de puretĂ© littĂ©raire, tant sur la forme que le fond. La morale est trĂšs importante, et tous les auteurs de ce siĂšcle classique sont confrontĂ©s Ă la censure ils ne doivent pas Ă©crire des textes ne correspondant pas Ă la biensĂ©ance et Ă la morale. Au XVIIe siĂšcle, la piĂšce Tartuffe de MoliĂšre est interdite par la censure. Plusieurs piĂšces du dramaturge seront ainsi interdites. Le cardinal de Richelieu est Ă l'origine de la censure. Le chancelier et le garde des Sceaux sont chargĂ©s de lire les ouvrages qui vont ĂȘtre publiĂ©s et de leur octroyer, ou non, "le privilĂšge du roi". Si le roman et la nouvelle ne sont pas sujets Ă des rĂšgles littĂ©raires, ils doivent tout de mĂȘme rĂ©pondre aux critĂšres moraux et de biensĂ©ance de la censure. Un ouvrage ne peut pas dĂ©fendre des valeurs allant Ă l'encontre des conventions et de l'Ă©tiquette de la cour de France. Les hĂ©roĂŻnes romanesques de Lafayette mĂšnent des existences dans lesquelles la question de la morale est trĂšs importante. Le sentiment amoureux ne peut ĂȘtre vĂ©cu librement, puisqu'il doit naĂźtre uniquement dans le cadre du mariage et du respect des usages. Les relations sont trĂšs guindĂ©es. Les hĂ©roĂŻnes de Lafayette tombent toujours amoureuses d'hommes qui ne sont pas leurs Ă©poux, elles vont donc Ă l'encontre de la morale. La princesse de Montpensier tombe amoureuse du duc de Guise alors qu'elle est mariĂ©e au prince de princesse de ClĂšves tombe amoureuse du duc de Nemours alors qu'elle est mariĂ©e au prince de ClĂšves. Le besoin de respecter la morale permet Ă l'auteur d'Ă©crire une fiction dans laquelle il y a des obstacles, exacerbant les sentiments des personnages ne pouvant ĂȘtre ensemble. La biensĂ©ance enseigne aux amants la dissimulation. Toutefois, afin de ne pas ĂȘtre interdits par la censure, les auteurs doivent livrer des rĂ©cits condamnant les comportements jugĂ©s peu vertueux et encensant les ĂȘtres gardant leur vertu. La morale est si importante au XVIIe siĂšcle que l'on utilise souvent l'expression "romanciers moralistes" pour parler des auteurs de ce temps. Souvent, d'ailleurs, les Ćuvres romanesques des auteurs reprennent des maximes, genre trĂšs Ă la mode. Maxime Une maxime est une formule exprimant une rĂšgle morale, un principe ou un jugement Ă la façon d'un proverbe ou d'un Maximes de La Rochefoucauld est un cĂ©lĂšbre ouvrage constituĂ© de nombreuses maximes, publiĂ© en auteur qui Ă©crit, qui traite de la dĂ©finition de "moraliste" dans le dictionnaire de FuretiĂšre prouve bien que l'auteur moraliste est un Ă©crivain traitant de morale. C'est la premiĂšre fois que l'entrĂ©e "moraliste" apparaĂźt dans un dictionnaire. BLes dĂ©bats autour des problĂ©matiques de morale La sociĂ©tĂ© devenant trĂšs mondaine et se retrouvant volontiers Ă la cour et dans les salons, la question du paraĂźtre, de l'hypocrisie, est prĂ©gnante. Avec Louis XIV, la vie de la noblesse se centre autour du divertissement, il occupe ses sujets pour mieux les contrĂŽler. Le XVIIe siĂšcle, aussi appelĂ© "Grand SiĂšcle", voit la naissance de la conversation, de la discussion on dĂ©bat et on Ă©change plus qu'autrefois, on prend le temps de dĂ©cortiquer des problĂ©matiques et d'analyser longuement des sujets trĂšs diffĂ©rents touchant divers domaines, mais particuliĂšrement la littĂ©rature et les arts. Les dĂ©bats sont de plus en plus centrĂ©s sur la question de la morale et des mĆurs Ă partir de 1600 ; cela s'explique car de plus en plus d'ouvrages traitent des maniĂšres de vivre en sociĂ©tĂ©, de la meilleure maniĂšre de se conduire avec autrui. Dans les salons littĂ©raires, on discute volontiers de la morale. De nombreux thĂšmes y sont liĂ©s. Ainsi, on se demande ce qu'il faut choisir entre le devoir et l'amour. La vĂ©ritĂ© recherchĂ©e est plus morale qu'autre chose. Les Ćuvres sont discutĂ©es et analysĂ©es dans le but de dĂ©battre de la vertu des hĂ©ros, de leurs choix. AprĂšs la publication de La Princesse de ClĂšves, on peut parler de vĂ©ritable "campagne de presse" de la revue Le Mercure galant. On demande alors aux lecteurs de donner leur avis sur la rĂ©action de la princesse et notamment sur la fameuse scĂšne de l'aveu. Un vĂ©ritable dĂ©bat mondain se crĂ©e. Le fait de savoir s'il est vraisemblable ou non que la princesse admette Ă son mari qu'elle aime un autre homme devient une vĂ©ritable controverse littĂ©raire. Certains jugent ce comportement hautement vertueux et moral, d'autres condamnent une scĂšne invraisemblable et il convient de noter que de nombreux nobles et courtisans transgressent les rĂšgles de la morale. Dans ce monde, tout est basĂ© sur le paraĂźtre alors que les apparences sont souvent trompeuses. Elles permettent simplement de maintenir une bonne rĂ©putation. La passion, plus que tout, doit ĂȘtre cachĂ©e au risque de tout perdre. Ainsi, tout l'enjeu consiste Ă ne pas ĂȘtre dĂ©voilĂ© et Ă surveiller son entourage car les trahisons sont nombreuses. Les jeunes ingĂ©nues ou les femmes vertueuses en sont souvent les 1782, Choderlos de Laclos mettra en scĂšne dans son roman Ă©pistolaire Les Liaisons dangereuses les mĂ©canismes machiavĂ©liques de l'aristocratie. AUne Ă©ducation fĂ©minine centrĂ©e sur la vertu Au XVIIe siĂšcle, la vertu devient une mode, une qualitĂ© essentielle particuliĂšrement pour les femmes qu'il est bon de proclamer. En littĂ©rature, on s'attache Ă peindre les passions qui obscurcissent l'esprit justement pour prĂ©venir de leurs effets nĂ©fastes sur l'Ăąme et la rĂ©pondrai que non seulement il n'est pas pĂ©rilleux, mais qu'il est mĂȘme en quelque sorte nĂ©cessaire que les jeunes personnes du monde connaissent cette passion pour fermer les oreilles Ă celle qui est criminelle, et pouvoir se dĂ©mĂȘler de ses artifices, et pour savoir se conduire dans celle qui a une fin honnĂȘte et Ă monsieur de Segrais, "De l'origine des romans"L'Ă©ducation des jeunes gens, et particuliĂšrement celle des jeunes femmes, est centrĂ©e sur l'idĂ©e de vertu. On le constate particuliĂšrement dans l'Ćuvre de Madame de La Princesse de ClĂšves, l'hĂ©roĂŻne a grandi loin de la cour de France et de ses simagrĂ©es. Elle a reçu une Ă©ducation trĂšs pieuse et morale qui en font un parangon de la nouvelle "La Princesse de Montpensier", Marie essaie de rester vertueuse, qualitĂ© que les autres personnages lui associent Ă plusieurs reprises. Elle lutte contre la passion en rĂ©alisant qu'une telle attitude la pousse Ă adopter des comportements contraires Ă la morale. Son Ă©ducation lui interdit de s'Ă©carter de la voie de la pensa combien cette action Ă©tait contraire Ă sa vertu et qu'elle ne pouvait voir son amant qu'en le faisant entrer la nuit chez elle Ă l'insu de son mari, elle se trouva dans une extrĂ©mitĂ© Ă©pouvantable."La Princesse de Montpensier" Le personnage de Chabannes tombe amoureux de Marie pour toutes ses qualitĂ©s, et particuliĂšrement pour sa vertu et son caractĂšre exemplaire. Il "regardait avec admiration tant de beautĂ©, d'esprit et de vertu qui paraissaient en cette jeune princesse". D'ailleurs, en passant du temps avec elle, il tient Ă maintenir et dĂ©velopper la vertu de la jeune femme, "se servant de l'amitiĂ© qu'elle lui tĂ©moignait pour lui inspirer des sentiments d'une vertu extraordinaire et digne de la grandeur de sa naissance". Il lui trouve des "dispositions si opposĂ©es Ă la faiblesse de la galanterie" qu'il en est subjuguĂ©. Marie est donc une jeune femme qui a Ă©tĂ© Ă©levĂ©e pour lutter contre ce qui viendrait entacher sa vertu. D'ailleurs, tout en reconnaissant son ancien amour pour le duc de Guise, elle est certaine d'avoir Ă©teint toute passion pour lui aprĂšs son mariage, et se persuade qu'elle pourra continuer s'en protĂ©ger grĂące Ă sa vertu. Elle dĂ©clare ainsi son inclination pour lui "presque Ă©teinte et qu'il ne lui en restait que ce qui Ă©tait nĂ©cessaire pour dĂ©fendre l'entrĂ©e de son cĆur Ă une autre inclination, et que, la vertu se joignant Ă ce reste d'impression, elle n'Ă©tait capable que d'avoir du mĂ©pris pour ceux qui oseraient avoir de l'amour pour elle". C'est d'ailleurs cette mĂȘme vertu qui a permis Ă Marie d'accepter le mariage que ses parents lui imposaient pour s'Ă©loigner de la tentation que reprĂ©sente le duc de Guise. [...] connaissant par sa vertu qu'il Ă©tait dangereux d'avoir pour beau-frĂšre un homme qu'elle eĂ»t souhaitĂ© pour mari."La Princesse de Montpensier" BLe sens du devoir Les hĂ©roĂŻnes de Madame de Lafayette ne sont pas simplement vertueuses, elles ont le sens du devoir mais Ă©galement du sacrifice puisqu'elles acceptent de sacrifier un bonheur personnel, jugĂ© Ă©goĂŻste, pour leur devoir. Elles connaissent leur place, elles savent ce qu'elles doivent Ă leurs familles, Ă leurs Ă©poux, Ă leur rang. Ce sens du devoir les rend rĂ©solues. C'est le cas de la princesse de Montpensier qui assure que "rien ne pouvait Ă©branler la rĂ©solution qu'elle avait prise de ne s'engager jamais." Elle donne ainsi des ordres au duc de Guise, notamment au dĂ©but de la nouvelle lorsqu'elle doit se marier au prince de Montpensier.[Elle] conjura M. de Guise de ne plus apporter d'obstacle Ă son mariage."La Princesse de Montpensier"L'utilisation du verbe "conjurer" souligne la rĂ©solution de Marie qui obĂ©it ici Ă ses parents. Elle reconnaĂźt ses devoirs envers sa famille et se plie Ă leurs princesse de Montpensier est capable d'un raisonnement trĂšs froid pour dĂ©montrer les devoirs de chacun. Elle en fait preuve avec "froideur" et "tranquillitĂ©" lorsqu'elle explique Ă Chabannes avec une certaine cruautĂ© qu'il ne peut avoir aucun sentiment pour lui reprĂ©senta en peu de mots la diffĂ©rence de leurs qualitĂ©s et de leur Ăąge, la connaissance particuliĂšre qu'il avait de sa vertu et de l'inclination qu'elle avait eue pour le duc de Guise, et surtout ce qu'il devait Ă l'amitiĂ© et Ă la confiance du prince son mari."La Princesse de Montpensier" IIILa mort de la princesse, fin morale ou injuste ? AUne vertu compromise La passion est un thĂšme rĂ©current dans l'Ćuvre de Madame de Lafayette. Elle sĂšme le trouble dans les Ăąmes et Ă©loigne du droit chemin, de la vertu. Le thĂšme de la compromission des mĆurs se retrouve dans tous les rĂ©cits de l'auteur Dans "La Princesse de Montpensier" Marie Ă©pouse le prince et tombe amoureuse ou retombe amoureuse du duc de Guise. Dans La Princesse de ClĂšves l'hĂ©roĂŻne tombe amoureuse du duc de Nemours aprĂšs avoir Ă©pousĂ© le prince. Dans "La Comtesse de Tende", l'hĂ©roĂŻne succombe Ă une passion adultĂ©rine. Dans "La Princesse de Montpensier", l'hĂ©roĂŻne fait preuve, Ă plusieurs reprises, d'un comportement qui manque de noblesse, peu en accord avec la vertu Elle se montre cruelle avec Chabannes lorsqu'il lui avoue ses sentiments. Elle demande Ă Chabannes de devenir le messager du duc de Guise. Elle avoue ses sentiments au duc de Guise. Elle accepte une entrevue seule avec le duc de Guise. Elle fait entrer son amant dans sa chambre. Chez Madame de Lafayette, on relĂšve un refus de bĂątir le bonheur sur des illusions et des mythes. Elle analyse ce qu'il y a de plus hypocrite et intĂ©ressĂ© dans les sentiments les plus purs. Ainsi, mĂȘme en dĂ©crivant la princesse de Montpensier comme Ă©tant une jeune femme pleine de qualitĂ©s, elle finit par montrer ce qu'il y a de moins reluisant en elle. En se comportant comme elle le fait, en acceptant surtout d'entendre la confession d'amour du duc de Guise, en lui rĂ©pondant et en le recevant chez elle, elle trahit son devoir envers son Ă©poux, elle transgresse la morale, elle perd sa vertu. Elle devient alors une princesse perdue. BUne fin violente et solitaire L'Ćuvre de Madame de Lafayette a pour but de prĂ©venir les jeunes filles et femmes des dangers de l'amour. En ce sens, on peut affirmer qu'il s'agit d'un rĂ©cit Ă thĂšse. Marie s'Ă©tant montrĂ©e peu vertueuse, elle "mĂ©rite", si on suit la logique implacable de la morale de l'auteur, d'ĂȘtre punie. La punition est multiple. D'abord, la princesse de Montpensier reconnaĂźt sa faute "elle se trouva la plus malheureuse du monde d'avoir tout hasardĂ© pour un homme qui l'abandonnait". Pour avoir aimĂ© Marie, Chabannes trouve la mort Ă©galement. Ce n'est pas le cas du duc de Guise qui ne semble pas puni de sa du duc de Guise lui fit sentir plus vivement la perte d'un homme dont elle connaissait si bien la fidĂ©litĂ©."La Princesse de Montpensier" AprĂšs la scĂšne avec le duc de Guise, Chabannes et son mari, la princesse perd "l'estime de son mari, le cĆur de son amant, le plus parfait ami qui fut jamais". Le rythme ternaire permet de souligner les diffĂ©rentes consĂ©quences dramatiques des actions de Marie. SĂ©rieusement malade aprĂšs la visite de Guise et la confrontation avec son mari, elle se remet avant de sombrer de nouveau dans un "Ă©tat aussi dangereux que celui dont elle Ă©tait sortie" en apprenant la mort de Chabannes. Savoir que le duc de Guise aime la duchesse de Noirmoutier achĂšve de la tuer. Elle perd absolument tout. Ce fut le coup mortel pour sa vie."La Princesse de Montpensier"La punition ultime est donc la mort. TorturĂ©e par l'amour qu'elle porte au duc de Guise, la princesse a abdiquĂ© sa vertu dans le remord et se retrouve ensuite isolĂ©e, abandonnĂ©e. Son mari et son amant l'abandonnent et son ami Chabannes mourut dans la fleur de son Ăąge, une des plus belles princesses du monde, et qui aurait Ă©tĂ© sans doute la plus heureuse, si la vertu et la prudence eussent conduit toutes ses actions."La Princesse de Montpensier"La fin de la nouvelle insiste sur l'aspect punitif de la fin de Marie. L'auteur laisse entendre que si elle s'Ă©tait comportĂ©e plus vertueusement, elle ne serait pas morte si peut tout de mĂȘme se poser la question suivante la punition de la princesse est-elle Ă la hauteur de sa faute ? Si l'adultĂšre est symboliquement acceptĂ© dans la nouvelle, puisque la princesse avoue son amour Ă son amant, lui Ă©crit et accepte de le voir seule et de l'introduire chez elle, il n'est jamais rĂ©ellement consommĂ©. Par ailleurs, la jeune femme a luttĂ© pour garder sa vertu. Elle meurt sans avoir pĂ©chĂ©. Cela augmente l'admiration du lecteur mais pose aussi une autre question a-t-on envie de suivre cet exemple ? Est-on encouragĂ© Ă le faire ? En effet, on peut estimer que la punition aurait Ă©tĂ© la mĂȘme si elle avait rĂ©ellement pĂ©chĂ©, et penser qu'il vaut mieux pĂ©cher que lutter, puisque la punition est la mort dans les deux "La Comtesse de Tende", l'hĂ©roĂŻne succombe Ă sa passion, elle se donne Ă son amant. Tout comme Marie de Montpensier, elle meurt Ă la fin de la nouvelle. Les deux hĂ©roĂŻnes connaissent donc le mĂȘme sort pour des fautes diffĂ©rentes, l'une n'ayant pas succombĂ© Ă la passion charnelle. CLes liens avec la mort de la princesse de ClĂšves Le destin de la princesse de Montpensier, dĂ©chirĂ©e entre son devoir et sa passion amoureuse, a quelque chose de la tragĂ©die. On y trouve dĂ©jĂ ce qui fera le succĂšs et la grandeur de La Princesse de ClĂšves, quelque chose des tragĂ©dies de Racine dans lesquelles les hĂ©roĂŻnes sont profondĂ©ment divisĂ©es. La mort de la princesse de Montpensier peut sembler injuste au sens oĂč elle ne succombe pas charnellement Ă sa passion. La mort de la princesse de ClĂšves paraĂźt encore plus terrible. Autant la comtesse de Tende a pĂ©chĂ©, autant la princesse de Montpensier a moralement acceptĂ© l'adultĂšre, autant la princesse de ClĂšves a luttĂ© et triomphĂ© de la passion amoureuse. Certes, elle s'arrange parfois pour passer du temps avec le duc de Nemours, notamment lorsqu'elle Ă©crit avec lui une lettre. NĂ©anmoins, elle rejette ses avances, ne lui avoue son amour qu'une fois son Ă©poux enterrĂ© et seulement pour lui fermer la porte pour toujours. On peut lire l'Ćuvre de Madame de Lafayette comme une réécriture de la mĂȘme histoire, parfaitement maĂźtrisĂ©e dans La Princesse de ClĂšves. La princesse de Montpensier a plusieurs excuses pour dĂ©fendre son comportement. Tout d'abord, elle est tombĂ©e amoureuse du duc de Guise avant d'ĂȘtre mariĂ©e. C'est un amour de jeunesse auquel elle a renoncĂ©, obĂ©issant Ă ses parents. Cela rend sa situation pathĂ©tique. NĂ©anmoins, la jeune femme se complaĂźt presque dans cette position. Par ailleurs, elle se montre cruelle, notamment avec Chabannes, ce qui amenuise sa grandeur. Vertueuse par Ă©ducation, dans la nouvelle elle fait preuve de vanitĂ©, de cruautĂ© et se dĂ©tourne du droit chemin. La princesse de ClĂšves n'a jamais Ă©tĂ© amoureuse. Contrairement Ă la princesse de Montpensier, elle ne connaĂźt pas ce sentiment qui l'envahit autant qu'il la surprend. La princesse de Montpensier a l'expĂ©rience qui manque Ă la princesse de ClĂšves. Pourtant, cette derniĂšre lutte bien plus admirablement contre ses sentiments, bien qu'elle soit incapable de les cacher. Son comportement reste exemplaire lorsque celui de la princesse de Montpensier peut ĂȘtre condamnĂ©. La diffĂ©rence de situation entre les deux hĂ©roĂŻnes se trouve Ă©galement dans leur relation avec leurs maris. Les deux femmes ont Ă©pousĂ© des hommes qui sont follement amoureux d'elles. Toutefois, le prince de Montpensier se montre fort jaloux et mĂȘme violent Ă l'Ă©gard de Marie, ce qui peut expliquer qu'elle soit tentĂ©e de vivre une autre relation. La princesse de ClĂšves quant Ă elle ne peut rien reprocher Ă son Ă©poux, aussi doux et tendre que possible, fidĂšle et noble. Sa situation est donc d'autant plus difficile qu'elle aime un homme qu'elle sait peu constant le duc de Nemours alors qu'elle est parfaitement aimĂ© par un ĂȘtre digne de tous les Ă©gards, son mari. La princesse de Montpensier est accablĂ©e Ă la fin de la nouvelle, toutefois, elle n'est responsable de la mort de personne Chabannes est tuĂ© par hasard au cours de la Saint-BarthĂ©lĂ©my. Alors mĂȘme qu'elle a fait preuve d'une implacable vertu, la princesse de ClĂšves est punie par la mort de son Ă©poux, incapable de survivre Ă l'aveu qu'elle lui fait en admettant aimer un autre homme. Enfin, la situation diffĂšre Ă©galement dans l'amour chacun des amants porte Ă chacune des hĂ©roĂŻnes. Le duc de Guise aime Marie dĂšs qu'il la voit, mais il ne se montre pas Ă la hauteur de la passion qu'elle a pour lui. Il est prĂȘt Ă renoncer Ă elle, il tombe mĂȘme amoureux d'une autre femme ensuite et l'oublie complĂštement. Nemours, lui aussi, finit par oublier la princesse de ClĂšves, mais contrairement Ă Guise il est prĂȘt Ă l'Ă©pouser, il fait tout ce qui est en son pouvoir pour la convaincre de vivre avec lui leur amour. Ă la fin de la nouvelle, ce n'est pas un amour adultĂšre qu'il lui propose, mais une situation noble et convenable qu'elle pourrait socialement accepter, mais qu'elle refuse par une vertu presque monstrueuse, dĂ©passant l'entendement. Ainsi, la princesse de Montpensier paraĂźt ĂȘtre un personnage plus lĂ©ger, moins tragique, plus pathĂ©tique. L'amour, chez elle, a quelque chose de frivole et vaniteux. Elle prĂ©pare nĂ©anmoins la grande hĂ©roĂŻne que sera la princesse de ClĂšves, inĂ©galĂ©e dans sa vertu, dans sa noblesse, dans sa bontĂ© et sa clairvoyance. Alors que Marie se persuade de l'amour de Guise et perd sa vertu pour un homme qui ne la mĂ©ritait pas, la princesse de ClĂšves pressent qu'un mariage avec Nemours la conduirait au malheur, car aussi noble soit sa proposition d'une union, son caractĂšre volage le conduira Ă aimer d'autres femmes, alors qu'elle attend un amour unique, absolu et triomphant. La princesse de ClĂšves est une grande hĂ©roĂŻque prĂ©cieuse et tragique, la princesse de Montpensier une jeune femme trompĂ©e par ses sentiments et dĂ©truite par la passion.
Lagrande ambition des femmes est d'inspirer de l'amour. MoliĂšre. Celui qui est capable de ressentir la passion, c'est qu'il peut l'inspirer . Marcel Pagnol. Il faut vivre sa vie en essayant
Photo GaĂ«lle Vuillaume Ă la suite de la crĂ©ation de son blogue Mots d'Elles, Deborah Cherenfant a donnĂ© une sĂ©rie de confĂ©rences dans les cĂ©geps et diffĂ©rents organismes sur l'ambition au fĂ©minin. La Fondation Y des femmes a remis les prix Femmes de mĂ©rite la semaine derniĂšre. Parmi les laurĂ©ates, Deborah Cherenfant a remportĂ© le prix dans la catĂ©gorie Entrepreneuriat. Cette reconnaissance rĂ©compense celles qui se dĂ©marquent et dont les rĂ©alisations ont un impact dans notre sociĂ©tĂ©. D'HaĂŻti, Deborah Cherenfant est arrivĂ©e au QuĂ©bec en 2005 pour poursuivre ses Ă©tudes Ă MontrĂ©al aux HEC MontrĂ©al. Je voulais avoir les compĂ©tences en gestion d'entreprise, avoir la crĂ©dibilitĂ© et le diplĂŽme pour pouvoir me lancer en affaires », explique la jeune femme. Elle n'a pas perdu de temps. En 2011, elle crĂ©e Mots d'Elles, un blogue qui fait dĂ©couvrir des femmes qui ont rĂ©ussi en affaires. Mots d'Elles traite aussi de leadership et d'ambition au fĂ©minin et brosse des portraits de femmes en entreprises. Ă'a toujours Ă©tĂ© important pour moi de m'inspirer de femmes du milieu des affaires, mais j'avais besoin de modĂšles de rĂ©ussite et je suis allĂ©e Ă leur rencontre », explique-t-elle. Ses modĂšles ? GeneviĂšve Grandbois Chocolats GeneviĂšve Grandbois, DaniĂšle Henkel et Jocelyna Dubuc du Spa Eastman, des femmes qui ont d'ailleurs reçu le mĂȘme prix de la Fondation Y des femmes. Vous imaginez ce que ce prix reprĂ©sente pour moi ! », s'exclame-t-elle. Elle cite Ă©galement comme inspiration l'ex-ministre française de la Justice Christiane Taubira, qu'elle a eu la chance de rencontrer. De la couleur dans l'hiver quĂ©bĂ©cois Ă la suite de la crĂ©ation de son blogue, Deborah Cherenfant a donnĂ© une sĂ©rie de confĂ©rences dans les cĂ©geps et diffĂ©rents organismes sur l'ambition au fĂ©minin. On trouve toujours que les femmes manquent d'estime d'elles-mĂȘmes et qu'elles ont peur d'avoir de l'ambition. Il faut y remĂ©dier et c'est pour ça que je m'implique. » Pleine d'Ă©nergie, Deborah a lancĂ© en 2012 ColorĂ© design, une petite entreprise d'accessoires de mode et de design faits de tissus et d'imprimĂ©s originaux en vente au Je suis haĂŻtienne et passionnĂ©e de mode, j'aime ce mĂ©lange de tissus et de motifs traditionnels d'HaĂŻti, mais aussi d'Afrique et du Mexique, dit-elle. J'aime pouvoir faire revivre cette tradition, mais de maniĂšre plus moderne et surtout d'ajouter des couleurs vives dans notre hiver quĂ©bĂ©cois ! » Tous les accessoires sont produits localement avec des imprimĂ©s qui reprĂ©sentent d'autres cultures et j'aime cette dualitĂ© », confie la jeune entrepreneure qui cĂ©lĂ©brera ses 31 ans Ă la fin du mois. ColorĂ© design emploie des femmes couturiĂšres immigrantes qui travaillent dans un atelier Ă MontrĂ©al, dans le quartier Mile-Ex. Il est essentiel pour moi qu'une femme soit autonome financiĂšrement, et Ă©tant immigrante moi-mĂȘme, je suis sensible Ă cette question, une question d'intĂ©gration. » MarchĂ© Ă©phĂ©mĂšre Deborah Cherenfant souhaite lancer un atelier en HaĂŻti d'ici la fin de l'annĂ©e avec des femmes qui sont atteintes du VIH. Ce n'est pas Ă©vident de trouver un emploi quand on vit avec le VIH, ce sont des femmes qui ont un diplĂŽme de couture et j'espĂšre que ce projet leur redonnera confiance et pourra les rĂ©insĂ©rer professionnellement », explique-t-elle. Comme elle multiplie les projets, la jeune femme d'affaires a aussi lancĂ© en dĂ©cembre dernier Le MarchĂ© ColorĂ© qui regroupe des crĂ©ateurs d'ici et d'ailleurs qui partagent la mĂȘme passion pour le textile et les motifs imprimĂ©s. Il s'agit d'un lieu oĂč on dĂ©couvre des piĂšces uniques faites par des artisans. Ce marchĂ© Ă©phĂ©mĂšre sera de retour au coeur du Quartier des spectacles Ă l'Ă©tĂ©. La jeune femme prend aussi le temps de faire du bĂ©nĂ©volat et de s'impliquer socialement. Ainsi, elle prĂ©side le conseil d'administration de Compagnie F, un organisme communautaire qui vise l'autonomie financiĂšre des femmes. Elle a aussi participĂ© Ă la construction d'habitations en RĂ©publique dominicaine au sein de l'organisme Habitat pour l'humanitĂ©. Ăa me tient vraiment Ă coeur et je souhaite, avec ce prix, m'impliquer encore plus dans des projets qui facilitent l'emploi des femmes et le leadership au fĂ©minin. » Photo fournie par ColorĂ© design Tunique aux imprimĂ©s colorĂ©s, de la collection ColorĂ© DesignDudimanche 10 au lundi 18 juillet. Avec les auteurs et tous les acteurs de la crĂ©ation, dans lâambition de toucher tous les publics, France Culture engage encore davantage son activitĂ© de fiction, quâelle se fabrique dans les studios ou quâelle se vive en public. Lâunivers mĂȘme des rĂ©cits et des textes est immense et les auteursOn se fait souvent une idĂ©e rĂ©ductrice de Germaine de StaĂ«l 1766-1817, dont on rappelle la conversation brillante et son essai De lâAllemagne?», qui marqua lâintroduction du romantisme en France. Et en effet, fille de Jacques Necker, le ministre des Finances de Louis XVI, elle fut une femme de lettres et de salon. Dans celui de sa mĂšre dĂ©filĂšrent tous les intellectuels du moment. Ecrivaine et philosophe, admiratrice de Rousseau et Montesquieu, elle ne tarda pas Ă ouvrir le sien, oĂč elle accueillit les reprĂ©sentants des idĂ©es nouvelles. RomanciĂšre Ă succĂšs, elle a cĂŽtoyĂ© toute lâEurope des LumiĂšres et fait tourner les tĂȘtes, Ă commencer par celle de Benjamin Constant. Mais elle fut aussi lâune des premiĂšres femmes Ă exprimer publiquement ses idĂ©es politiques. Au risque de dĂ©plaire, puisque, irritĂ© par ses considĂ©rations Ă©galitaires, NapolĂ©on la chassa de France et lâobligea Ă se rĂ©fugier dans son chĂąteau de Coppet en suite aprĂšs la publicitĂ© Germaine de StaĂ«l, fĂ©minine ou fĂ©ministe ? FĂ©ministe avant la lettre, elle fut une femme Ă©prise de libertĂ© qui revendiquait pour elle comme pour les autres un droit absolu au bonheur, une femme nouvelle dans une nouvelle sociĂ©tĂ©, une femme cherchant Ă concilier le cĆur et la raison. La philosophe GeneviĂšve Fraisse, spĂ©cialiste de la pensĂ©e fĂ©ministe, sâintĂ©resse depuis toujours Ă cette figure dâexception. L'OBS. Quâest-ce qui vous a amenĂ©e Ă travailler sur Mme de StaĂ«l ? GeneviĂšve Fraisse. Deux simples raisons mâont conduite vers les Ă©crits de Germaine de StaĂ«l. Dâabord le livre de Julie-Victoire DaubiĂ© premiĂšre bacheliĂšre en 1861 La femme pauvre» qui argumente contre lâĂšre post-rĂ©volutionnaire centralisatrice en dĂ©montrant que, pour les femmes, ce pouvait ĂȘtre mieux avant; il fallait donc que je mâintĂ©resse Ă la charniĂšre des annĂ©es 1800. Ensuite Claude Lefort, quand il accepta, sans me connaĂźtre, mais Ă la lecture de mon projet, de soutenir ma candidature au CNRS au dĂ©but des annĂ©es 1980. Si je voulais travailler aux fondements philosophiques du discours fĂ©ministe», Germaine de StaĂ«l mâintĂ©resserait nĂ©cessairement, me dit-il dâune phrase lapidaire... jâai suivi son conseil, et lâen remercie suite aprĂšs la publicitĂ© NĂ©e en 1766, fille de Necker, Mme de StaĂ«l participe Ă la vie politique, intellectuelle et mondaine de son temps. Elle a la particularitĂ© dâavoir Ă©crit Ă la fois sous la monarchie et aprĂšs la RĂ©volution française. Peut-on parler pour autant de figure de transition? Oui, mais sans lâidĂ©e quâelle passe dâun monde Ă lâautre; car elle pense Ă partir des deux mondes. Câest une figure de transition certes, mais qui rĂ©flĂ©chit dans un va-et-vient permanent. LĂ est sa richesse. Elle pense avec ce qui lui est donnĂ© dans le prĂ©sent pour aborder le monde; elle nâest donc jamais dans le bilan, elle est toujours en train de rouvrir les dossiers. Câest le mot analyse» qui lui va le mieux. Dans lâintroduction de De lâinfluence des passions», elle Ă©crit Le philosophe veut rendre durable la volontĂ© passagĂšre de la rĂ©flexion.» Belle ambition⊠"De l'Ă©ducation des femmes" la rĂ©ponse de Laclos au "droit d'importuner" Dans la biographie quâil lui a consacrĂ©e, Michel Winock affirme quâil a manquĂ© Ă Mme de StaĂ«l un grand livre qui marquĂąt l'imagination». Est-ce aussi votre avis?La suite aprĂšs la publicitĂ© Non. Certes ses romans peuvent nous tomber des mains â mais ceux de George Sand aussi. En revanche, De la littĂ©rature» est un trĂšs grand livre, et mĂȘme une clĂ© pour suivre l'Ă©volution de la littĂ©rature au tournant de la RĂ©volution. Dans le chapitre Des femmes qui cultivent des lettres», certaines phrases rĂ©sonnent encore Lâexistence des femmes en sociĂ©tĂ© est encore incertaine, et dans lâĂ©tat actuel, elles ne sont, pour la plupart, ni dans lâordre de la nature, ni dans lâordre de la sociĂ©tĂ©.» Affirmation remarquable, oĂč elle refuse lâopposition nature/sociĂ©tĂ©, biologique/social, schĂ©ma si prĂ©gnant de notre Ă©poque, un travers idĂ©ologique Ă mon avis. Ni nature, ni sociĂ©tĂ© ainsi met-elle les femmes dans lâhistoire⊠Elle transforme le salon dâAncien RĂ©gime en club dâaprĂšs la RĂ©volution Un peu plus loin dans le mĂȘme texte, elle dĂ©nonce la tyrannie de lâopinion» dont sont victimes les femmes. Jusque-lĂ , les femmes peuvent avoir de lâinfluence». Ce concept dâAncien RĂ©gime dĂ©finit la place des femmes dans lâespace public et politique; il est formalisĂ© depuis plusieurs siĂšcles et continuera Ă lâĂȘtre aprĂšs la RĂ©volution, notamment par Mme de Genlis ou le Comte de SĂ©gur, et au dĂ©but de la IIIe rĂ©publique; tant que les femmes ne seront pas citoyennes. Lâinfluence implique la mĂ©diation, le pouvoir de lâombre, et dans lâombre de lâespace politique. Or tout en exerçant une influence, les femmes sont soumises Ă lâopinion, avec un O» majuscule. Germaine de StaĂ«l dĂ©crit cette dĂ©pendance avec Delphine», roman qui parle de toutes les femmes, et Corinne ou lâItalie», roman qui parle dâune femme singuliĂšre, Ă savoir des artistes. Ces deux personnages ne trouvent pas le bonheur amoureux Delphine parce que LĂ©once ne saurait divorcer, Corinne parce que Oswald ne sait affronter lâopinion, dĂ©favorable Ă la femme artiste. Dans lâAncien rĂ©gime, ces femmes doivent obĂ©ir Ă la convenance au dĂ©triment du suite aprĂšs la publicitĂ© Ah ! les femmes des LumiĂšres... Mais comment passe-t-on de ĂȘtre soumise Ă lâOpinion Ă avoir une opinion»? Le mot opinion», pour lâespace public, pour le passage Ă la dĂ©mocratie, est crucial en 1800, comme le montre si bien le texte Opinion dâune femme sur les femmes» de Fanny Raoul, paru en 1801. Mme de StaĂ«l est le tĂ©moin de cette bascule. On dit quâelle transforme le salon dâAncien RĂ©gime en club dâaprĂšs la RĂ©volution. Par sa pratique, elle dĂ©place lâinfluence, quâelle conserve â le terme est employĂ© dans le chapitre De lâĂ©loquence» -, et donne son opinion. Câest lĂ que lâĂ©loquence va prendre toute sa force. Pour Mme de StaĂ«l, lâĂ©loquence, câest comme un art des gouvernements» le théùtre est le pouvoir exĂ©cutif de la littĂ©rature», De lâesprit des traductions». Jules Michelet parlera quant Ă lui de ses monologues Ă©loquents». En ramenant la dĂ©marche de Mme de StaĂ«l Ă lâart de la conversation», on rĂ©duit son geste transgressif, suite aprĂšs la publicitĂ© Elle nâest pas une militante des droits des femmes, au contraire de la poĂ©tesse Constance de Salm, avec laquelle vous Ă©tablissez un parallĂšle dans Muse de la raison». En quoi sont-elles complĂ©mentaires? Câest intĂ©ressant de les rapprocher car elles sont, toutes deux, des femmes de salons, en prise avec leur temps, trĂšs contemporaines»; et elles sont dans le partage. Constance de Salm a une cause et elle pense et dĂ©montre lâĂ©galitĂ© des sexes. En revanche, Germaine de StaĂ«l nâest pas dans le plaidoyer, ce quâelle souligne dans son Discours sur la Reine» Mon projet nâest point de dĂ©fendre la Reine comme un jurisconsulte; jâignore de quelle lois on peut se servir pour lâatteindre, et ses juges eux-mĂȘmes ne sâessaieront pas Ă nous lâapprendre ce quâils appellent lâopinion, ce quâils croient la politique, sera leur motif et leur but. Les mots de plaidoyer, de preuve, de jugement, sont une langue convenue entre le peuple et ses chefs; et câest Ă dâautres signes quâon peut prĂ©sager le sort de cette illustre infortunĂ©e.» Ce nâest pas une penseuse de lâĂ©galitĂ© des sexes, câest une penseuse de la libertĂ© et de lâĂ©mancipation. Dans Des femmes qui cultivent les lettres», certains lisent quâelle parle de toutes les femmes, dâautres quâelle parle de la femme auteure. En fait, elle arrive Ă parler de toutes en parlant dâelle. Se faire oublier en racontant son histoire», Ă©crit-elle. Elle manipule remarquablement le je», le toutes» et le chacune» elle est Ă la fois Delphine, Corinne et Germaine de StaĂ«l. Virginia Woolf travaillera de mĂȘme, tout comme Simone de Beauvoir. Un "corps rigide" qui aimait la jouissance Simone de Beauvoir, par GeneviĂšve FraisseLa suite aprĂšs la publicitĂ© Mme de StaĂ«l sera notamment opposĂ©e Ă sa propre mĂšre, Suzanne de Necker, sur la question du divorce. Le divorce est une clĂ© de lâĂ©mancipation des femmes. Câest une question Ă©minemment politique, sous la RĂ©volution française et aprĂšs. Il est autorisĂ© en 1792, puis interdit en 1816. Germaine de StaĂ«l construit sa pensĂ©e philosophique sur la libertĂ©. Elle ne pense pas le divorce par rapport au code civil, mais parce que exception et rĂšgle doivent ĂȘtre possibles. Pour Mme de StaĂ«l, tout le monde doit pouvoir divorcer et toute femme doit pouvoir ĂȘtre Corinne. Elle ne va pas le dire ainsi, mais elle va montrer, dans les deux cas, la souffrance de ces femmes qui se heurtent Ă lâOpinion qui les opprime. Elle pose les bases dâune double rĂ©flexion, quâil est pensable de soutenir le divorce et quâil est possible dâĂȘtre couronnĂ©e au Capitole. Ce rapport singulier/pluriel est essentiel Ă sa dĂ©marche. Dans De la littĂ©rature», Mme de StaĂ«l utilise trois termes diffĂ©rents, esclaves», affranchis», parias». Leur destinĂ©e ressemble, Ă quelques Ă©gards, Ă celle des affranchis chez les empereurs; si elles veulent acquĂ©rir de l'ascendant, on leur fait un crime d'un pouvoir que les lois ne leur ont pas donnĂ©, si elles restent esclaves, on opprime leur destinĂ©e», Ă©crit-elle. Toutes les femmes sont des esclaves, certaines seulement sont des parias. Ces termes serviront Ă dĂ©crire les diverses positions des femmes opprimĂ©es, puis, celui dâ ilote», qui dĂ©signe les esclaves du temps de Sparte, apparaĂźtra autour des annĂ©es 1830. Julie-Victoire DaubiĂ© parlera ainsi de lâilotisme sĂ©culaire» des femmes. La suite aprĂšs la publicitĂ© Mme de StaĂ«l a une double position elle pense que les femmes doivent ĂȘtre exclues des affaires publiques, et quâen mĂȘme temps il faut y participer. Dans De lâAllemagne », elle affirme quâon a raison dâexclure les femmes des affaires politiques et civiles. Sauf que dans la notice sur Aspasie, dans la Biographie universelle, ancienne et moderne» de Michaud en 1812, elle Ă©crit le contraire Dans une rĂ©publique, la politique Ă©tant le premier intĂ©rĂȘt de tous les hommes, ils ne seraient point associĂ©s du fond de lâĂąme avec les femmes qui ne partageraient pas cet intĂ©rĂȘt.» La question est dans quel rĂ©gime politique les femmes participent, ou non, Ă la vie de la citĂ©? Mme de StaĂ«l pense que suivant les contextes, soit on a raison dâexclure les femmes des affaires de la citĂ©, et lâopinion et lâĂ©loquence suffisent, soit on est Aspasie, Ă la grande Ă©poque athĂ©nienne, et on participe aux affaires de la citĂ©. Elle penchera tout de mĂȘme davantage pour la rĂ©publique que la suite aprĂšs la publicitĂ© Olympe de Gouges rappelle que la femme a le droit de monter Ă lâĂ©chafaud, mais pas Ă la tribune. Michelet dira que les femmes sont responsables mais pas punissables». On peut aussi les voir exclues et responsables. Les femmes avaient sans doute dans lâAncien rĂ©gime trop dâinfluence sur les affaires», Ă©crit Mme de StaĂ«l dans De la littĂ©rature». Câest un trait, la faute des femmes, quâon retrouve souvent, aprĂšs La Commune par exemple. Quand survient un dĂ©sastre, une guerre, une rĂ©volution, elles pourraient en ĂȘtre la cause. Alors les femmes sont responsables, voire coupables. Et pourtant elles nâont que de lâinfluence et ne prennent pas part aux affaires de la citĂ©. Mariage, mĂ©decine, Ă©ducation... qui a inventĂ© lâinĂ©galitĂ© des sexes? Avec le droit Ă lâopinion, on sera responsable mais peut-ĂȘtre plus accusĂ©e Ă tort, de façon imaginaire. De lâinfluence Ă lâopinion, puis Ă lâĂ©loquence, elle dessine une place politique pour les femmes, Ă commencer pour elle-mĂȘme. Au fond, Germaine de StaĂ«l nâidentifie pas la citoyennetĂ© comme telle. Mais aujourdâhui sommes-nous certaines que la citoyennetĂ© nous donne une place dans la sociĂ©tĂ©? Ce nâest pas sĂ»r. La culture des lettres mâa plutĂŽt valu plus de jouissances que de chagrins» Est-ce quâelle considĂšre que les mĆurs sont lâaffaire des femmes?La suite aprĂšs la publicitĂ© Oui, les femmes doivent aussi rester dans la sphĂšre domestique. Elle nâa pas vraiment tranchĂ© cette affaire. Elle est loin dâĂȘtre la seule. Rousseau a bien bĂ©tonnĂ© la sĂ©paration entre la famille et la citĂ©. Ce bĂ©ton va mettre deux siĂšcles Ă se fissurer, autour dâune chose trĂšs intĂ©ressante la question de la rivalitĂ©. Les femmes ne doivent pas devenir les rivales des hommes ; câest pourquoi le partage des sphĂšres est essentiel. Pourquoi le poĂšte Lebrun ne veut pas que les femmes deviennent poĂštes? Parce quâil y a assez dâhommes en rivalitĂ©. C'est l'enjeu de ce que j'appelle la dĂ©mocratie exclusive», le fait de ne pas laisser les femmes accĂ©der Ă la dĂ©mocratie Ă taux plein. On ne les veut ni Ă©crivaine, ni femme politique. Il faudra 200 ans pour contourner ces obstacles. Ă lâopposĂ©, dĂšs 1808, le philosophe Charles Fourier aurait bien vu les femmes en concurrentes politiques. Il Ă©crit dans ThĂ©orie des quatre mouvements et des destinĂ©es gĂ©nĂ©rales» que les femmes avaient Ă produire, non pas des Ă©crivains, mais des libĂ©rateurs, des Spartacus politiques, des gĂ©nies qui concertassent les moyens de tirer leur sexe dâavilissement». Le jour oĂč Rousseau a failli devenir un peu moins machoLa suite aprĂšs la publicitĂ© Un des autres thĂšmes de son Ćuvre est que la femme ne peut pas avoir Ă la fois l'amour et la gloire. Elle Ă©crit cette cĂ©lĂšbre formule dans De l'Allemagne» en 1810 la gloire est le deuil Ă©clatant du bonheur». Revenons sur cette phrase galvaudĂ©e et utilisĂ©e tronquĂ©e. La citation complĂšte est la suivante On a raison d'exclure les femmes des affaires politiques et civiles, rien n'est plus opposĂ© Ă leur vocation naturelle que tout ce qui leur donnerait des rapports de rivalitĂ© avec les hommes et la gloire elle-mĂȘme, ne saurait ĂȘtre pour une femme qu'un deuil Ă©clatant du bonheur.»On universalise le propos alors quâil concerne prĂ©cisĂ©ment et uniquement les femmes chez Jean-Luc Godard par exemple. Certes on connaĂźt la contradiction entre gloire et bonheur. Aussi, il faut analyser lâexpression deuil Ă©clatant». Sâil y a deuil, câest que le bonheur a existĂ©, il nâest pas nĂ©cessairement empĂȘchĂ© par la gloire. Mais quel bonheur ? Dans la prĂ©face de 1814 aux Lettres sur Rousseau», Germaine de StaĂ«l Ă©crit la culture des lettres mâa plutĂŽt valu plus de jouissances que de chagrins.» ou encore les jouissances de l'esprit sont faites pour calmer les orages du cĆur.» La suite aprĂšs la publicitĂ© âCe livre dĂ©shonore le mĂąle françaisâ, ou les 50 ans du âDeuxiĂšme sexeâ LâĂ©tude est un remĂšde au malheur dâune part, un outil de comprĂ©hension dâautre part en dĂ©veloppant leur raison, on les Ă©claire sur les malheurs souvent attachĂ©s Ă leur destinĂ©e». Donc, si je cultive les lettres, ou simplement ma raison, je vais comprendre le malheur dâĂȘtre femme. La gloire comme deuil Ă©clatant du bonheur» c'est aussi la possibilitĂ© de lâĂ©crire. Ce rapport souffrance/jouissance, bonheur/malheur a toujours intĂ©ressĂ© les philosophes. Kierkegaard, citĂ© par Simone de Beauvoir en exergue du deuxiĂšme volume du DeuxiĂšme Sexe» Quel malheur que d'ĂȘtre femme, et pourtant le pire malheur quand on est une femme, est au fond de ne pas comprendre que c'en est un.» Diderot Femmes que je vous plains.» Nietzsche La loi des sexes dure loi pour la femme.» Propos recueillis par Amandine Schmitt GeneviĂšve Fraisse, bio express Philosophe, historienne de la pensĂ©e fĂ©ministe, GeneviĂšve Fraisse est directrice de recherche Ă©mĂ©rite au CNRS. Elle a notamment publiĂ© La Fabrique du fĂ©minisme» Le Passager clandestin, 2012, poche 2018, Muse de la raison» Alinea 1989, Folio-Gallimard, 2017, Du consentement» Seuil, 2007, Ă©dition augmentĂ©e 2017 et Le PrivilĂšge de Simone de Beauvoir», Actes sud, 2008, Ă©dition augmentĂ©e, Folio-Gallimard 2018. Dernier ouvrage paru La Sexuation du monde» Presses de Sciences-Po, 2016. Paru dans "L'OBS" du 2 aoĂ»t 2018 .